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L’autre moitié du soleil de Chimamanda Ngozi Adichie


Date de publication : 14/01/2020
Catégorie : LECTURE

- Au sujet de la guerre du Biafra (6 juillet 1967 au 15 janvier 1970 ou sécession de la région du Biafra p. 254

«  Sur sa table de chevet, Odenigbo avait placé une grande feuille de papier qui portait la phrase

«  Nous corps enseignant de l’Université, demandons la sécession par mesure de sécurité «  …

Elle (Olanna) prit un stylo et signa la lettre.

A la radio, la voix d’Ojukwu (chef des Ibos, « Son Excellence » … était vibrante de virilité, charismatique, fluide :

«  Compatriotes, hommes et femmes, vous le peuple à l’est du Nigéria :conscient de l’autorité suprême de Dieu Tout-puissant sur toute l’humanité ; de votre devoir envers la postérité ; sachant que vous ne pouvez plus être protégés dans vos vies et dans vos biens par un gouvernement basé hors de l’Est du Nigéria, quel qu’il soit ; déterminé à dissoudre tous les liens politiques et autres entre vous et l ’ancienne République du Nigéria ; mandaté par vous pour proclamer en vos noms et votre intérêt que l’Est du Nigéria est une république indépendante souveraine, je proclame donc solennellement , ainsi que leur plateau continental et leurs eaux territoriales, seront désormais un État souverain et indépendant portant le nom et le titre de République du Biafra » p. 255

«  C’est notre commencement », dit Odenigbo p. 309

Le professeur Ekwenugo était membre du Groupe des Sciences… il parlait de ce que ses collègues et lui fabriquaient : des mines terrestres à fort impact appelées ogbunigwe , du liquide de freins à base d’huile de noix de coco, des moteurs de voitures à base de ferraille, , des blindés, des grenades,…

L’annonce par le professeur Ekwenugo de la fabrication de la 1ère roquette biafraise.. lancée cet après-midi même.. » notre propre roquette faite maison … » suscita la plus grande salve d’applaudissements.

« Nous sommes un pays de génie dit Spécial Julius …

Le Biafra est la terre du génie ! »

Les applaudissements cédèrent la place aux chants :

« Solidarité pour toujours ! Solidarité pour toujours ! Notre République vaincra ! » p. 310

«  La vigilance éternelle est devenue les prix de la liberté !

Ici Radio- Biafra Enugu !

Voici le bulletin de guerre quotidien ! »

Les invités éméchés chantaient la naissance du Biafra, la stupidité des Nigérians, l’idiotie des journalistes de la BBC

Regardez leurs sales bouches anglaises p. 351

« Le problème avec les Ibos, c’est qu’ils veulent tout contrôler dans ce pays. Tout. Pourquoi ne peuvent-ils pas rester chez eux dans l’Est ?

Ils sont propriétaires de tous les magasins ; ils contrôlent la fonction publique et même la police. » dit l’homme assis à côté d’Olanna dans l’avion au retour de Kano). p.411,

la voix sonore de Radio-Biafra :

« Ces Etats africains sont la proie du complot impérialiste britannico-américain qui se sert des recommandations du comité comme prétexte pour apporter un gigantesque soutien en armes à leur marionnette, le régime néo-colonialiste vacillant du Nigéria ». p. 426,

l’hymne national biafrais démarra :

« Pays du soleil levant, nous t’aimons et te chérissons,

Patrie bien-aimée de nos courageux héros,

Nous devons défendre nos vies ou nous périrons

. Nous protégerons nos cœurs de nos adversaires ;

Mais si le prix est la mort pour tout ce qui nous est cher,

Alors mourrons sans la moindre peine. » p. 470 :

« Les vandales sont des gens qui chient sur Dieu. Nous les vaincrons. » p. 484 :

« On m’avait dit que les Biafrais se battaient comme des héros, maintenant je sais que les héros se battent comme des Biafrais » (colonel Madu) p. 626

C’est fini ! cria la femme. C’est fini ! p. 627

Odenigbo s’empressa d’allumer la radio …

«  Tout au long de l’histoire des peuples lésés ont du recourir aux armes pour se défendre quand les négociations pacifiques échouaient. Nous ne sommes pas une exception. Nous avons pris les armes à cause du sentiment d’insécurité que les massacres avaient fait naître au sein de notre peuple.

Nous nous sommes battus pour défendre notre cause. »

La femme du camp dit «  Il parait que les vandales arrivent avec des joncs pour battre les civils »

(A la radio) «  C’est pourquoi j’ai ordonné le désengagement discipliné de nos troupes…

J’exhorte le général Gowon (partisan d’un Nigéria unique) , au nom de l’humanité, à suspendre l’activité de ses soldats pendant qu’un armistice est négocié. » p. 634

L’officier nigérian : «  Pourquoi est-ce que vous avez toujours une plaque minéralogique biafraise ?

Etes-vous partisans des rebelles vaincus «

« Nous la changerons en arrivant à Nsukka » dit Odenigbo p. 652 «  Pas de vainqueur, pas de vaincus » ( tel est le mot d’ordre)


Phrases relevées par France Fortunet



L’Autre moitié du soleil Chimamanda Ngozy Adichie

Chimamanda Ngozy Adichie est une écrivaine nigériane née en 1977, qui vit entre Lagos et Washington.

Son œuvre romanesque a été couverte de prix aux USA : -L’Hibiscus pourpre (2003)

-L’autre moitié du soleil (2006)

-Autour de ton cou (nouvelles)( 2009)

-Americanah (2013)

Elle est également une féministe engagée :

-Nous sommes tous des féministes, suivi de la nouvelle Les Marieuses (2014 ) (Folio 2 euros)

Une citation p.20 : « Un de mes proches amis m’a fait remarquer que me présenter comme féministe était synonyme de haine des hommes.

J’ai donc décidé d’être désormais une Féministe Africaine Heureuse qui ne déteste pas les hommes, qui aime mettre du brillant à lèvres et des talons hauts pour son plaisir, non pour séduire les hommes.

Trêve d’ironie, cela montre à quel point le terme féministe est chargé de connotations lourdes et négatives. »


-Chère Ijeawele, ou manifeste pour une éducation féministe (2017) :

«  À une amie qui lui demande quelques conseils pour élever sa petite fille qu'elle vient de mettre au monde, en féministe , Chimamanda Ngozi Adichie répond sous la forme de quinze suggestions, non dénuées d'ironie, qui prennent vite la tournure d'un manifeste :

comment déjouer les pièges que nous tend le sexisme ?

Cette lettre manifeste s'adresse à tous : aux hommes comme aux femmes, aux parents en devenir, à l'enfant qui subsiste en nous et qui s'interroge sur l'éducation qu'il a reçue.

Chacun y trouvera les clés d'une ligne de conduite féministe, qui consiste à croire en la pleine égalité des sexes et à l'encourager. » -Pour aller plus loin écouter la conférence TED (décembre 2012) sur son engagement féministe

https://www.ted.com/talks/chimamanda_ngozi_adichie_we_should_all_be_feminists?language=fr

-Un autre TED intéressant (2009)

The danger of a Single Story:

« Le danger d'une histoire unique ».

Ce texte évoque l'influence qu'ont les histoires et les approches narratives dans les mécanismes de domination culturelle, sociale, raciale, économique et politique, si ces histoires sont univoques ou ne proviennent que d'une seule partie de la société ou du monde, résonnant ainsi comme une «histoire unique».

Mais Adichie insiste aussi sur le pouvoir qu'ont les histoires, d'autres histoires, venant de toutes sortes d'endroits et de personnes, de contrebalancer cette histoire unique, en nous faisant accéder à une vision du monde plus complète, et plus humaine ».

L’autre moitié du soleil qui tire son nom du drapeau de l’éphémère nation du Biafra (30 mai 1967-15 juillet 1970) nous a d’abord captivé par sa trame romanesque.

Adichie sait construire une intrigue qui tient le lecteur en haleine à travers le destin de ses personnages bien dessinés : les deux sœurs jumelles Kenene et Olanna, séparées par une tromperie amoureuse, puis par la guerre du Biafra, la trajectoire d’Odenigbo, universitaire engagé dans la création du Biafra, qui voit tous ses idéaux s’écrouler.. .

L’évolution du personnage d’Ugwu est particulièrement intéressante.

Ce jeune boy de 13 ans, sorti de sa brousse, va peu à peu grandir aux côtés de « master »

Odenigbo, s’éduquer, s’instruire.

Lui aussi sera marqué à vie par son enrôlement forcé dans l’armée.

L’auteur a su monter comment l’Histoire bouleverse les vies de ses personnages.

Autre intérêt du roman : la découverte de la vie nigériane, aussi bien celle de l’élite citadine que celle des habitants des campagnes.

www.ted.com/search?q=The+danger+of+a+single+stor

La traductrice Mona de Pracontal a su traduire en plus de l’anglais de la narration, les termes en igbo (ou les conserver quand l’auteur le souhaitait), en « broken english », français boiteux, en « pidgin », français créole dans les dialogues.

Cela rend compte de la réalité multiethnique et multilingue du Nigéria et témoigne des conflits entre les différentes communautés: Igbos, Yorubas, Haoussas.

Mais surtout, ce roman nous éclaire sur l’Histoire du Nigéria après la décolonisation et la guerre du Biafra.

Les 8 extraits du livre dans le roman « Le monde s’est tu pendant que nous mourions » résument ponctuellement les étapes de la décolonisation jusqu’à la guerre du Biafra ( pages 137, 187-188,244-245,319-320,400,573,658).

Ce « livre » offre une analyse historique en contrepoint de l’intrigue romanesque, déroulant l’engrenage génocidaire qui se met en place petit à petit dès l’indépendance en 1960.

Son auteur ne se révèle qu’à la dernière page du livre : Ugwu. Au début du roman, avant la guerre, lors d’une discussion entre universitaires aussi bien ibos que yoroubas, la position de Odenigbo nous a interrogés :

« Bien sûr, bien sûr, mais ce que je veux dire, c’est que la seule véritable identité authentique, pour l’Africain, c’est la tribu, dit Master.

Je suis nigérian parce que l’homme blanc a créé le Nigeria et m’a donné cette identité.

Je suis noir parce que l’homme blanc a construit la notion de noir pour la rendre la plus différente possible de son blanc à lui. Mais j’étais ibo avant l’arrivée de l’homme blanc. » (p.42 – édition Folio, 2008).

Ce à quoi, Melle Adebayo, sa collègue yoruba, répond, en plaisantant : « Bien sûr que nous sommes tous pareils, nous avons tous en commun l’oppression blanche(...) le panafricanisme est tout simplement la réponse la plus sensée (...)

Le problème , c’est qu’Odenigbo est un tribaliste incorrigible, nous devons le faire taire » (p.43).

Dialogue prémonitoire de ce qui va suivre...

Le roman retrace d’abord les persécutions des Ibos du Nord par les Haoussas et Fulanis (en majorité musulmans) se réfugiant plus au sud ce qui entraîne, la sécession de l’Etat Fédéral du Nigéria et la création de la République du Biafra , le 30 mai 1967, par le gouverneur militaire de la région orientale, Odumegwu Ojukwu. Enugu devient la capitale de cet Etat (10% du territoire nigérian). Le général Gowon ne pouvant voir s’échapper la manne pétrolière sous contrôle du nouvel état lance l’offensive le 6 juillet 1967 d’une guerre qui va durer 30 mois.

Les grandes nations vont choisir leur camp : le gouvernement fédéral est soutenu par les USA, le Royaume-Uni tandis que la France se porte du côté du Biafra non sans ambiguité.

Il y a l’appui officiel , tout en diplomatie, du Quai d’Orsay avec Couve deMurville et dans l’ombre la cellule Afrique de Jacques Foccart qui organise contre l’avis de Couve de Murville des livraisons d’armes françaises au Biafra, puis l’ envoi de mercenaires (le fameux Rolf Steiner ex-membre des Jeunesses hitlériennes, puis de la Légion étrangère formera une brigade de 3000 soldats).

De leur côté Lagos recrute également pilotes étrangers et mercenaires .

C’est ainsi que le conflit s’enlise entraînant la mort de civils, et surtout victimes de la faim.

La famine. (été 1968).

Devenu un état coupé du monde, de par le blocus imposé par le gouvernement fédéral de Gowon, le Biafra connait une famine sans précédent.

En août on parle de 6000 morts par jour.

Les médias diffusent des photos d’enfant victimes du kwashiorkor :

« le ventre de l’enfant s’était mis à gonfler comme s’il avait avalé un gros ballon, ses cheveux tombaient par touffes, sa peau s’était éclaircie, en passant de la couleur de l’acajou à un jaune maladif. Les autres enfants le taquinaient beaucoup.

Afo nmili ukwa, l’appelaient-ils, « Ventre-calebasse ».(Folio p.210) . Un nouveau mouvement mené par des médecins dont Bernard Kouchner émerge, prônant l’ingérence humanitaire.

En 1971 sera créé suite au conflit Médecins sans frontières.

15 janvier 1970 :

la reddition est signée. Le général Gowon déclare qu’il n’y a « pas de vainqueur et pas de vaincu » (p.652).

Les survivants du conflit comptent leurs morts et cherchent les « disparus ».

Ugwu écrit la dédicace du livre qu’il a écrit pendant la guerre « Le monde s’est tu pendant que nous mourions » (p.658).

Il le dédie à « Master, mon ami ».

Et non plus uniquement mon maître !

L’après-guerre :

En 2020, le Nigeria, pays de près de 200 millions d'habitants, célèbre les 50 ans de la fin de la guerre sans une seule commémoration officielle.

"L'histoire de notre pays a été très brutale, l'ancienne génération a vécu des traumatismes importants", confie à l’AFP l’écrivain nigérian Diekoye Oyeyinka.

"On les a juste balayés sous les tapis, comme si cela n'avait jamais existé.

Mais sans connaître le passé, nous allons réitérer les mêmes erreurs."

Aujourd'hui, les Ibos continuent à se sentir marginalisés, "sous occupation".

 Ils se plaignent d'être injustement traités par le gouvernement de Muhammadu Buhari, ancien général originaire du nord du pays.

Et surtout la guerre civile, qui n'a jamais eu de version officielle approuvée, n'est toujours pas au programme dans les établissements scolaires.

Les vieilles tensions ethniques et religieuses demeurent. Boko Haram ,une secte islamiste sème la terreur dans le nord du Nigeria depuis 2009, multipliant attaques et enlèvements.

Elle a revendiqué de nombreux attentats, visant notamment les chrétiens du pays et a enlevé en avril 2014 plus de 200 lycéennes à Chibok, dans le nord-est du pays.

En dix ans, Boko Harama fait au moins 27 000 morts et provoqué la fuite de 1,8 million de personnes.

Ces trois dernières années au Nigeria, la région centrale de la Middle Belt a été secouée par de violents affrontements entre agriculteurs en majorité chrétiens et éleveurs musulmans peuls.

Un conflit ancien pour l’accès à la terre qui attise désormais les haines identitaires sans que les administrations successives ne soient parvenues à enrayer la spirale des violence.(

www.rfi.fr/fr/afrique/20190214-middle-belt-nigeria-interminable-conflit-acces-ressources)

Bien que le Nigeria soit « le géant d’Afrique », un pays riche en pétrole et en gaz, premier producteur et exportateur africain d'or noir, il souffre de trois fléaux : pauvreté, corruption et insécurité. Autre roman à découvrir sur l’histoire du Nigéria après l’indépendance :

La douleur du géant de Diekoye Oyeyinka ( Ed. L’Aube août 2017)  

Anne Saint -sulpice

Chimamanda Ngozi Adichie
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