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Mon enfance en Normandie 1944 / 1946 Yannick DOMAIN


Date de publication : 19/01/2020
Catégorie : VECU

 C'est au rez de chaussée de la maison des sociétés que nous avons échangé nos vœux ce vendredi 10 janvier.

Yannick a su partager ses souvenirs malgré sa crainte de n’être pas bonne oratrice.


Née en 1940 à Tourouvre au Perche village de l'Orne en Basse-Normandie alors que son père, prisonnier, évadé puis dénoncé aux Allemands, ne verra sa fille âgée de 10 jours qu'une journée avant d'être déporté.

Jusqu'en 1944, la vie était calme avec sa mère et sa sœur de 6 ans son aînée, dans leur maisonnette de garde barrière.

Souvenir, Il fallait se nourrir et se chauffer, souvent par glanage.

Dès le début 44, la tension monta :

la bataille de Normandie s’annonçait.

En renfort des troupes de la Wehrmacht jusqu'alors sans histoire, les SS arrivèrent et les conditions de vie changèrent :

La guerre était là.

Février 44 : 1er bombardement allié.

1er Souvenir précis de cet épisode :

Avant les largages, un « mouchard » petit avion précédant les bombardiers survole la région ciblée avertissant la population, objectif : la voie ferrée et la gare.

Grande émotion à propos de ce bombardement qui visait la voie ferrée : les 2 sœurs étaient parties chercher de l'eau potable. La grande a entrainé la petite puis l'a littéralement jeté dans l'abri proche, la couvrant faisant un bouclier de son corps, l'écrasant. La peur, mal au genou...

Le calme revint........

Les gens pleurent sur la route.

Une charrette attelée était touchée, le corps du cheval gisant provoqua un grave traumatisme, davantage que ce pauvre charretier mort projeté sur les fils électriques surplombant le site !

Ce souvenir fut très important pour cette fillette de 4 ans.

Le cadavre du cheval reste marqué dans sa mémoire.

Avec une pointe de culpabilité pour ce transfert de valeur !

La « maisonnette » sinistrée, la famille dut emménager dans un hameau voisin à la CHAUVELIÈRE chez les grands-parents.

Le Grand Père avait aménagé un abri rudimentaire sur le chemin : souvenirs de sommeil sur des fagots.

Dans ce village, un agriculteur maçon, résistant, avait lui construit un véritable abri, quasi invisible, en lisière de la forêt du Perche.

Les Allemands passaient tout près à la recherche des maquisards.

La famille se cachait dans cet abri dès que l’alerte était donnée. 3 enfants en bas âge qui ne devaient pas pleurer…

Terrés dans un recoin, survivaient un juif Polonais et un Allemand déserteur, tous 2 entretenus par le village.

Il fallait se taire mais ce fut une belle leçon de tolérance (et de courage).


Les prémisses d’une bataille furent présentes : voies ferrées, voies navigables, routes et champs (en vue de terrains susceptibles d’offrir des lieux d’atterrissage) furent des cibles particulièrement surveillées.

Les résistants étaient bien présents sur ce secteur, la région forestière facilitant les caches d’où une présence renforcée des SS.

Mars 44 : Les Allemands investissent le village, rassemblent sans ménagement toute la population pour la concentrer dans une grande maison « par le chemin au dessus du lavoir".

Les soldats partent…

Silence total…

Des coups à la porte !

3 maquisards nous libèrent, l'un d'entre eux nous emmène à notre abri habituel, tous les autres se dispersent…


11 août 1944 :

informations :

recul des troupes allemandes, arrivée des troupes US.

On va rentrer à la maison, à Tourouvre.

Le 13, un faux départ après des sabotages, les SS sont toujours là !

En embuscade…

Un drame au souvenir douloureux : 17 civils adultes plus 1 jeune ont été raflés dans l'église, regroupés et fusillés.

9 blessés, 57 maisons incendiées gratuitement par la Division SS Hitlerjugend aux ordres du capitaine SS Bör, nazi violent.


Le regard de Yannick fut protégée par sa maman qui l’abrita dans sa robe, mais le souvenir des odeurs, des cris est toujours présent...

Yannick a fait circuler une photo montrant le village détruit par les SS : autre ORADOUR sur GLANE …

L’émotion de Yannick reste toujours vive et elle la partagea avec le groupe.

Ce fut un grand moment d’émotion, car les vécus d’une fillette furent bien évoqués.


Souvenirs (comme Hella !) plus gais des bonbons et sucreries distribués par les américains arrivant plus tard au village….

Vint l’attente du retour des prisonniers et une période où pour vivre il fallait se débrouiller (rapines dans les champs, recherche de poules pondeuses ) et vivre avec une solidarité locale bien active.

Évocation bien partagée par des membres présents…

Autre page douloureuse : le retour du père.

Cet homme inconnu, pour Yannick, mais pas pour sa sœur ainée, en 1946, 6 ans après …

Son père avait été emprisonné dans le STALAG 17 (situé en Autriche à KAISERSTRINBRUCH, selon une recherche internet) ; puis il dut travailler comme beaucoup de prisonniers sous le régime STO ; lors de la chute du régime nazi il fut pris par les troupes russes avant d’être libéré.

Grand parcours de souffrances pour ces prisonniers de guerre. Long parcours de retour sans aide…

L’homme arrivant, ne correspondait pas à celui figurant sur une photo : il faisait peur…

Pendant plus d’1 an : indifférence, attitude de retrait, silence mélangé à la crainte, protection de sa soeur…

Difficile retour à une normalité.

Des traumatismes inguérissables.


Yannick possède un cahier avec de multiples traces de son histoire, de celui de sa famille.

Elle est vivement invitée à rédiger, à se faire aider afin de laisser trace de ce passé.

Son témoignage a beaucoup impressionné le groupe.

Le vécu des participants du même âge sur cette année 44 a été évoqué : souvenir des bombardements de Chambéry, de Lyon, arrivée des troupes alliées, l’obligation de silence durant l’occupation pour diverses raisons.


Un autre traumatisme évoqué: la débâcle de mai/juin 40 poussant des millions de civils sur les routes et provoquant de graves problèmes dans les départements ayant à recevoir et accueillir ces réfugiés de la zone Nord de la France.


Les témoignages d’HELLA et de YANNICK ont permis de développer les ressentis des vécus des enfants durant cette guerre. Allemande ou Normande, cette période demeure douloureuse.

La Guerre !!!


Yannick Domain, J.C.Creupeland, G.Bruns

Tourouvre au Perche

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