LE CANTIQUE DE L’APOCALYPSE JOYEUSE de ARTO PAASILINNA
Catégorie : LECTURE
L’AUTEUR
Arto Paasilinna est né le 20 avril 1942 à KITTILA, en Laponie finlandaise, mort le 15 octobre 2018 à ESPOO, qui fait partie du grand HELSINKI, dans une maison de repos.
C’est un écrivain, journaliste, poète finlandais de langue finnoise. Il a écrit 35 romans, traduits dans 27 langues, 18 romans ont été traduits en français.
Il est aussi scénariste pour le cinéma, la radio, et la télévision.
Il est né dans un camion, en plein exode durant la guerre de continuation qui opposait la Finlande et l’URSS (juin 41 /septembre 44) (guerre d’hiver de novembre 39 à mars 40).
La famille a été chassée vers la Norvège, la Suède, et la Laponie finlandaise.
Paasilinna signifie « forteresse de pierre » en finnois, ce nom a été inventé par son père pour finniser son vrai nom qui avait une consonance suédoise (GULLSTEN)
Dès l’âge de 13 ans, il a travaillé comme bûcheron et ouvrier agricole entre autres.
A 20 ans il a repris ses études afin de devenir journaliste : il est allé à l’école supérieure d’éducation populaire de Laponie (62/63). Puis il a été journaliste stagiaire dans un quotidien régional. « Journaliste, j’ai écrit des milliers d’articles sérieux, c’est un bon entrainement pour écrire des choses plus intéressantes »
De 63 à 88, il a collaboré à divers journaux et revues littéraires.
Il s’est marié, a eu 2 fils.
Il a habité dans son domaine de Kuusilaakso (la vallée des sapins) à 1 heure d’HELSINKI .
A 3 frères, Reino, député européen de 1996 à 2009, Erno et Mauri, écrivains.
En 2009 il a eu un AVC, il est décédé en 2018 dans une maison de repos.
SON ŒUVRE
Ses livres se caractérisent par un certain sens de l’humour, et par une grande aisance de narration. Ils sont remplis de bonne humeur. Les personnages sont originaux, ils habitent dans différentes régions de Finlande. La nature est omniprésente. La plupart des récits de PAASILINNA suivent un protagoniste qui passe d’une vie urbaine et rangée, à une vie plus sauvage et proche de la nature.
Le plus connu de ses livres « le lièvre de Vatanen » paru en 1975, a été adapté au cinéma en 2006 par Marc Rivière (avec Christophe Lambert, Julie Gayet, Rémy Girard). En 2017 Yann le Quellec a adapté « le meunier hurlant ». En 2014 « la douce empoisonneuse » a été adapté à la télévision par Bernard Stora (avec Line Renaud et Pierre Vernier).
Certains livres ont été adaptés en bande dessinée, notamment en 2016 « la forêt des renards pendus », et en 2024 « le meunier hurlant », par Nicolas Dumontheuil.
Arto Paasilinna est également l’auteur d’essais, d’enquêtes, de guides.
Il a obtenu des prix et récompenses.
« En tant qu’écrivain, je veux exagérer les choses et il est plus facile de fouetter son propre peuple que d’aller fouetter chez les autres…Les humains en général sont un peu fous, d’une manière touchante, et les Finlandais plus encore, peut-être, que les autres »
« LE CANTIQUE DE L’APOCALYPSE JOYEUSE »
(paru en 1992 en Finlande, en 2008 en France )
RÉSUME
Asser Toropainen, vieux communiste athée, brûleur d’églises, meurt en 1992, il lègue sa fortune à son petit-fils Eemeli pour qu’il dirige sa fondation créée dans le but de construire une église en bois dans la forêt du nord de la Finlande, sur ses terres. Ce chantier sera fortement condamné par les autorités qui tenteront de le fermer, et par l’Eglise qui n’a jamais donné son accord à l’édification d’une église en bois à UKONJARVI. Une communauté composée des charpentiers et d’un groupe d’écologistes s’établit dans la forêt environnante. Cette communauté vit en autarcie et exploite les richesses naturelles en respectant l’environnement et en utilisant des savoir faire ancestraux. La communauté s’agrandit, de nouveaux habitants arrivent, et pendant ce temps le monde change :
L’économie s’effondre, le pétrole manque, les communications sont coupées, les villes croulent sous les déchets, la famine s’étend, une centrale nucléaire russe explose, les gens prennent la route, la 3e guerre mondiale éclate. A UKONJARVI la communauté continue de prospérer, des bribes d’information sur la situation mondiale arrivent de temps en temps, mais les habitants continuent de travailler comme s’ils n’étaient pas concernés. L’histoire s’achève en 2023 avec l’explosion d’une comète à laquelle les habitants d’UKONJARVI survivent.
PERSONNAGES
Personnages masculins
LE GRAND PÈRE ASSER TOROPAINEN
Rôle fondamental par son testament. Provocateur.
Ancien communiste, athée, brulait des églises, il demande paradoxalement la construction d’une église, il déclenche toute l’histoire sans y apparaitre à part au tout début.
Il incarne la critique des idéologies rigides. Son legs montre que les étiquettes ( religion, athéisme) importent moins que les actes concrets et la transmission de valeurs humaines.
LE PETIT FILS EEMELI TOROPAINEN
Réalise la volonté de son grand père. Il agit par bon sens plus que par conviction religieuse ou politique. Il se moque de l’administration et fait comme bon lui semble pour atteindre ses objectifs. Il sait organiser la vie collective, il accueille les autres sans jugement.
Il représente une alternative au leadership moderne : concret, non dominateur. C’est le pilier de la communauté.
SEVERI HORTTANAINEN
Le plus âgé des charpentiers. Eemeli peut compter sur lui. Il a tenu tête à la spécialiste du savoir vivre quand elle a profité de l’absence d’Eemeli pour imposer sa façon de vivre à la communauté. Il se propose pour jouer de l’orgue. Il va assurer des cours de musique, d’écologie, de travaux manuels à l’école. Il part en mission pour savoir ce qui se passe dans le monde. Il est présent du début à la fin.
L’APPRENTI TANELI HEIKURA
Apprenti charpentier, fidèle de Eemeli et de Severi. Il a un enfant avec Henna. Premier soldat de l’armée privée d’UKONJARVI
Personnages féminins
Les femmes ont une forte personnalité et elles obtiennent ce qu’elles veulent.
L’EX EPOUSE D’EEMELI :
HENNA et LA MAITRESSE : TAINA
Elles vivent avec Eemeli à tour de rôle, elles ne se croisent pas au début de l’histoire. Puis ont un enfant chacune qu’Eemeli découvre en rentrant de prison. L’enfant d’Henna est de l’apprenti.
L’EXPERTE EN SAVOIR-VIVRE SOILE-HELINA TUSSURAINEN Elle embobine Eemeli quand il part au Danemark pour acheter l’orgue. En fait elle est de mèche avec des américains qui souhaitent s’installer sur les terres de la fondation, soi disant pour créer une clinique privée, en fait pour faire du trafic d’organes. Cette rencontre vaut à Eemeli 3 ans d’emprisonnement.
L’experte en savoir vivre en profite pour s’installer à UKONJARVI, et y dicter sa loi.
LA PASTEURE AUX ARMEES TUIREVI HILLIKAINEN
Elle a un fort tempérament : elle consacre l’église, alors que les autorités religieuses refusent. Elle baptise, marie, célèbre les messes, enseigne le catéchisme, puis fonde une école.
Les représentants de l’administration
Non seulement ils ne réussissent pas dans leur mission, mais ils finissent par s’intégrer à la communauté.
LE CHEF DE LA POLICE RURALE
Le premier vient à UKONJARVI pour arrêter la construction de l’église. Comme les charpentiers s’enchainent à la charpente ainsi qu’Eemeli, le brigadier-chef monte, dérape et tombe, il se casse le fémur. Quelques années plus tard, il sera embauché à la fondation comme instructeur de l’armée privée de la communauté.
Un deuxième chef de la police arrive des années après la mésaventure du premier. Il est mandaté pour saisir les biens de la fondation en paiement des dettes puisque aucun impôt n’a jamais été payé par la communauté. Il s’accommode d’un paiement en nature.
L’INSPECTEUR DÉPARTEMENTAL DES IMPÔTS
Il accompagne le chef de la police. Il vole des denrées la nuit en se déplaçant sur le lac gelé, la glace cède et il se noie.
L’EXPERT AGRICOLE
Il vient mettre de l’ordre car à UKONJARVI tout à été fait sans autorisation. Il observe et choisit de s’installer avec sa femme et sa mère.
Les autorités religieuses
Elles sont rigides : refusent de consacrer l’église car elle a été construite sans autorisation. Et des années après, quand l’évêque veut la consacrer car c’est l’église la plus fréquentée du diocèse, il doit tenir bon et argumenter face au refus de la pasteure.
Les membres de la communauté
Des personnages très variés : artisans, chômeurs, originaux, écolos, citadins fatigués du monde moderne. Certains sont maladroits, naïfs, ridicules. (Les écologistes ne savent pas tenir une hache au début…) Chacun trouve une place selon ses compétences, pas selon son statut social antérieur. Collectivement ils forment une société efficace et harmonieuse.
Ils représentent une humanité réconciliée avec elle–même, capable de coopération.
L’église
Elle est un lieu de rassemblement, de musique, de célébration. La pratique religieuse est tolérante, joyeuse, la foi est traitée de manière décalée. La religion devient un outil de cohésion sociale, l’important n’est pas de croire mais d’être ensemble.
Le monde extérieur
Un personnage collectif en décomposition. Crises économiques, guerres, pénuries, c’est le chaos. Les institutions s’effondrent. Contraste caricatural avec la communauté d’UKONJARVI . Le monde extérieur représente la modernité incapable de survivre sans ses systèmes complexes, contrairement à la communauté fondée sur des besoins simples.
THÈMES
CRITIQUE DE LA SOCIÉTÉ
Société de consommation, bureaucratie, économie mondialisée, institutions religieuses. Le monde extérieur c’est le chaos, la communauté c’est une vie simple, qui résiste aux institutions oppressives, qui a ses propres règles basées sur le bon sens paysan, la solidarité, et l’absence de hiérarchie inutile.
RETOUR A LA NATURE ET AUTARCIE
Les habitants vivent en harmonie avec leur environnement, cultivent, chassent, pêchent, exploitent les ressources sans en abuser. Leur vie n’est pas présentée de façon moralisatrice, mais avec humour.
STYLE, ÉCRITURE
PAASILINNA adopte un ton léger, humoristique, ironique . Malgré une trame d’anticipation (le monde moderne s’effondre), il met l’accent non pas sur les catastrophes globales, mais sur les réactions humaines, les petites occupations du quotidien, la vie communautaire.
Le style est accessible, fluide, parfois descriptif (les activités rurales). Les personnages sont nommés par leur nom et leur fonction. C’est original, peut-être lourd parfois.
CRITIQUES
POSITIVES
Originalité du propos : une apocalypse est transformée en histoire joyeuse et pleine d’entraide.
Humour : la satire de la modernité n’est pas moralisatrice.
Portraits de personnages hauts en couleur.
Beaucoup d’événements très drôles.
NÉGATIVES
Longueurs descriptives : certains passages très techniques ou détaillés sur la vie rurale peuvent sembler longs.
Pas d’accès aux pensées intérieures, aux émotions des protagonistes.
Pas d’humour mais source d’angoisse. (Le chaos dans le monde extérieur)
Ennui engendré par les invraisemblances.
CONCLUSION
Ce roman n’est pas seulement une comédie post-apocalyptique : il propose une réflexion sur les valeurs humaines, la simplicité, la vie communautaire, les modes de vie alternatifs.
PAASILINNA nous invite à repenser la manière dont nous vivons aujourd’hui, non pas en prêchant un modèle, mais en montrant la richesse et le plaisir d’un mode de vie qui remet l’essentiel au centre.
Ce roman est une œuvre drôle et profonde qui mêle fantaisie et réflexion.